« Marisol Touraine : l’heure des adieux au ministère », interview à La Nouvelle République

Marisol Touraine ministère Paris 003
Marisol TOURAINE a répondu aux questions de Pascal DENIS, journaliste à La Nouvelle République, pour une interview publiée ce samedi 13 mai dans le quotidien régional, dans laquelle elle fait le bilan de son action au sein du Ministère des Affaires sociales et de la Santé.

Vous pouvez lire son interview ci-dessous ou sur le site de La Nouvelle République en cliquant ici.

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Marisol Touraine : l’heure des adieux au ministère

Marisol Touraine ministère Paris 003La ministre et une photo de sa victoire lors du débat parlementaire sur la loi Santé. L’un des grands moments de son action gouvernementale.

Avant de retrouver l’Indre-et-Loire, la ministre de la Santé fait ses cartons à Paris. Au terme du quinquennat, elle revendique son bilan social.

Au 7e étage du ministère de la Santé, les baies vitrées s’ouvrent sur un panorama sublime : à gauche, la tour Eiffel ; à droite, les Invalides. Mais l’heure n’est pas à la contemplation. Dans les bureaux, on s’active autour des cartons. Entre deux visites dans les services pour faire ses adieux et un ultime déjeuner avec le président de la République, Marisol Touraine expédie les affaires courantes. « Ce ministère est celui des grandes politiques publiques. C’est aussi un ministère de crise, qui doit veiller en permanence », souligne la locataire des lieux pour quatre jours encore.

«  Je m’attends à un coup de blues  »

Et des crises, la ministre en a connu en cinq ans : le Corona virus, Ebola, l’épisode grippal de cet hiver qui a engorgé les urgences… Sans parler de la bataille au Parlement pour la loi Santé. Comment sort-on de cette longue course d’obstacles ? « Je me suis découverte plus résistante que je ne l’imaginais », avoue la ministre. Celle qui se définit comme « une grosse bosseuse, accro au travail », a du tout de même dû apprendre à « respecter (ses) limites » en s’astreignant à une hygiène de vie rigoureuse : poisson-salade et sport, « même si vous n’aimez pas ça ».

Au terme de ces cinq années au front, la ministre se dit fière de son action « en prise directe avec la société ». Oui, ce quinquennat a été difficile. Il a fallu livrer des combats incessants ; y compris avec François Hollande pour le convaincre de l’urgence de certaines réformes comme la loi sur la fin de vie ou la lutte contre le tabagisme. Mais Marisol Touraine revendique haut et fort son empreinte sociale au sein du gouvernement. « La cohérence de mon action a été celle de ce gouvernement », proclame-t-elle en citant pêle-mêle la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la généralisation du tiers payant, la loi sur la pénibilité ou celle sur le droit à l’oubli.

Au passage, elle rappelle qu’elle a été l’un des rares ministres (trois seulement) à assumer ses fonctions de bout en bout. « Le temps donne de la force », assure celle qui se serait pourtant bien vue dans un grand ministère régalien. Sans regret.

N’attendez pas que cette strauss-kahnienne de la première heure se désolidarise aujourd’hui du président sortant. Loyale elle a toujours été, loyale elle restera. Cela ne l’empêche pas de revendiquer un premier droit d’inventaire : « Je regrette que la ligne sociale-démocrate de François Hollande n’ait pas été assumée plus tôt », lâche-t-elle en déplorant, par ailleurs, le recours au 49.3 pour faire passer la loi Travail ou la déchéance de nationalité.

A la veille de tourner la page, Marisol Touraine avoue redouter le jour d’après. « Je viens de vivre un épisode exceptionnel de ma vie. Je m’attends à un coup de blues », confesse-t-elle en évoquant « ce moment où l’on se retrouve avec du temps pour soi ».

Mais le vide devrait être tout relatif. Dès ce week-end, la future ex-ministre sera en campagne dans sa circonscription pour reconquérir son siège de députée. « Aujourd’hui, je n’ai qu’un objectif, assure-t-elle. Le 18 juin. »

D’abord les patients et l’accès aux soins

Marisol Touraine ministère Paris 006La ministre en compagnie de son chef de cabinet, le Tourangeau Grégory Guillaume. Un fidèle parmi les fidèles.

Pendant cinq ans, Marisol Touraine ne s’est pas fait que des amis parmi le corps médical comme au sein des personnels hospitaliers. A l’heure du bilan, la ministre assume et prend de la hauteur : « Ma ligne a toujours été de me préoccuper des patients et de l’accès aux soins. Aujourd’hui, ce que les Français payent pour leur santé a baissé », lance-t-elle en évoquant la généralisation du tiers payant et la réduction du « reste à charge ».

Concernant le mal-être des personnels hospitaliers, qui s’est souvent exprimé ces derniers mois, la ministre ne nie pas les « tensions » liées aux mutations et à la réorganisation des services mais, dans le même temps, elle dénonce énergiquement « les contre-vérités » énoncées à propos des effectifs et des moyens accordés aux établissements. « Durant ce quinquennat, dix milliards d’euros supplémentaires ont été alloués à l’hôpital public et 31.000 postes de soignants ont été créés. »

Malgré tout, la ministre regrette de ne pas avoir transformé plus vite le financement des hôpitaux en définissant par ailleurs un plan de la qualité de vie au travail. « Pendant ces cinq années, je me suis souvent heurtée à des clivages et des postures stériles qui ne m’ont pas toujours permis d’avancer », déplore-t-elle.

La phrase

 » Sans moi, le CEA de Monts serait aujourd’hui fermé. « 

On s’en doutait mais l’intéressée le confirme aujourd’hui : Marisol Touraine a usé de son statut ministériel pour sauver le centre d’études du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) du Ripault, dans la vallée de l’Indre. Elle est intervenue au plus au niveau – c’est-à-dire à l’Élysée – pour éviter la fermeture programmée du site. De la même manière, la ministre de la Santé a personnellement plaidé auprès de François Hollande pour le dossier de Tours Métropole. « Sans moi, je ne sais pas s’il aurait été aussi aisément convaincu », assure-t-elle en précisant que son argumentaire a consisté à expliquer au président de la République que « Tours se devrait d’être un pôle de développement national » au sein du territoire. « Pendant ces cinq ans, je n’ai pas sauté la case tourangelle. Cela a été une conversation ininterrompue », souligne-t-elle.

souvenirs

> Le meilleur. Pour évoquer son meilleur souvenir au ministère de la Santé, Marisol Touraine sort de ses archives une photo où on la voit tout sourire, les deux pouces en l’air, le regard tourné vers les bancs de la droite à l’Assemblée nationale. « C’était lors des débats parlementaires pour l’adoption de la loi Santé, raconte-t-elle. Pendant plusieurs semaines, nous avons vécu avec mes collaborateurs en mode commando. Mais nous avons gagné. »

> Le pire. Sans hésiter, Marisol Touraine évoque les nuits qui ont suivi les attentats terroristes – à Paris et à Nice – au cours desquelles elle s’est rendue au chevet de victimes. Elle évoque l’image de cette femme blessée au Bataclan a qui elle a tenu longuement la main ensanglantée. « Dans les hôpitaux, on est habitué à côtoyer la mort. Mais pas cette mort-là », dit-elle en citant un médecin.

 Pascal DENIS